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L’Espagne explique enfin le blackout ibérique

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Le gouvernement espagnol a présenté le 17 juin son rapport sur les causes de l’effondrement du système électrique dans la péninsule ibérique le 18 avril. Il est lié à un problème multifactoriel de surtension, dû à de mauvais choix des opérateurs du réseau et des producteurs.

Les renouvelables, coupables tout trouvés du blackout qui a éteint la péninsule ibérique à 13h33 le 28 avril pour plusieurs heures, n’y sont finalement pour rien. Et pas de trace non plus d’une quelconque cyberattaque. Le rapport d’experts, présenté le 17 juin par la ministre de la Transition écologique espagnole, Sara Aagesen, conclut que la panne générale de courant a été causée par un problème de surtension multifactoriel impliquant trois éléments : le manque de capacité de régulation de tension, des fluctuations affectant son fonctionnement et des installations de production déconnectées, parfois de manière apparemment inappropriée.

Le rôle des producteurs en cause

Le rapport attribue la cause de la panne géante à un phénomène de surtensions ayant entraîné une “réaction en chaîne” et met notamment en avant le rôle de REE, qui avait prévu ce jour-là son dispositif “le plus faible depuis le début de l’année 2025” pour réguler la tension sur le réseau électrique.

Mais il pointe aussi celui des producteurs d’électricité eux-mêmes, qui n’auraient pas contribué autant que prévu à la régulation de la tension avec les centrales qui avaient été programmées pour le faire le 28 avril, et qui ont déconnecté des centrales du système de “façon inappropriée (…) pour protéger leurs installations” face aux surtensions, aggravant le problème.

Le gestionnaire du réseau REE a publié mercredi son propre rapport sur les incidents ayant mené à la méga-coupure, et insiste notamment sur le fait que les producteurs qui devaient “réguler la tension” ce jour-là “n’ont pas respecté leurs obligations définies”.

Un déficit de contrôle de la tension

D’une part, le système manquait de capacité dynamique de régulation de la tension. « Les unités de production qui devaient contrôler la tension n’ont pas absorbé toute la puissance réactive attendue dans un contexte de haute tension », a-t-elle expliqué, en faisant référence aux centrales synchrones – nucléaires et hydroélectriques – ainsi qu’aux centrales à cycle combiné. Celles-ci n’ont pas régulé la tension comme prévu, contribuant ainsi à la surtension.

L’association espagnole du photovoltaïque UNEF a confirmé : « Les centrales thermiques qui devaient assurer le contrôle de la tension – et qui sont rémunérées pour cela – n’ont pas absorbé la puissance réactive attendue ».

Oscillations et erreurs de planification

Le deuxième facteur identifié concerne les oscillations du système. Des mesures correctives ont été appliquées par l’opérateur, mais elles ont paradoxalement accru le stress du réseau. Selon Sara Aagesen, l’opérateur du réseau Red Eléctrica de España (REE) disposait bien de la capacité de production suffisante pour faire face. « Mais l’opérateur du système électrique n’a pas planifié la veille toute la production nécessaire pour contrôler un épisode de surtension. »

Le troisième facteur est lié aux déconnexions automatiques de certains générateurs, causées par une tension élevée persistante juste avant la panne. À 12 h 33 (heure d’Europe centrale), plusieurs unités de production sont sorties de la plage de fonctionnement autorisée, a précisé la ministre.

Données manquantes

Toutefois, le rapport ne contienne pas toutes les données demandées aux parties impliquées. Le réseau ENTSO-E avait déjà signalé cette lacune dans une lettre adressée à la ministre. La ministre a néanmoins annoncé un paquet de mesures par décret-loi royal, comprenant 11 actions : huit liées à l’exploitation du système et trois à la cybersécurité.

« Il n’y a aucune preuve d’une cyberattaque, a-t-elle précisé. Cependant, des vulnérabilités ont été identifiées, susceptibles d’exposer les réseaux ou systèmes à des risques futurs (…). Ce rapport doit être vu comme un outil d’analyse, mais surtout comme un levier d’action. Une opportunité pour renforcer ce qui fonctionne et revoir ce qui peut être amélioré ».

Le photovoltaïque hors de cause

De leur côté, plusieurs instances représentatives du secteur solaire (l’UNEF, mais aussi l’Association portugaise des énergies renouvelables, SolarPower Europe ou encore Global Solar Council), se sont réjouies dans un communiqué de presse de voir le photovoltaïque blanchi. « Il s’agit surtout d’un appel à accélérer les investissements dans la résilience des réseaux et dans la flexibilité du système électrique – en particulier grâce aux onduleurs « grid-forming » et au stockage par batteries, ont-elles réagi. Avant même le blackout, le marché espagnol avait commencé à réagir à la nécessité d’accroître la capacité de stockage et la flexibilité. En 2025, l’Espagne devrait grimper dans le top 5 des marchés européens du stockage, grâce à la relance du segment des batteries à grande échelle. C’est désormais aux autorités de permettre au secteur de concrétiser ce potentiel ».

En 2024, l’Espagne se classait 14e en Europe pour l’installation de batteries, avec moins de 250 MWh de nouvelles capacités de stockage, contre 9 GW de solaire neuf. La quasi-totalité des batteries installées étaient de petite taille, à l’échelle résidentielle, et non au niveau industriel.

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