Le Sénégal entre dans le capital de ACWA Power pour le projet de dessalement
Le projet d’usine de dessalement d’eau de mer prévu sur la Grande Côte connaît un tournant important. Conclu en mars 2024 sous forme de partenariat public-privé (PPP) avec la société saoudienne ACWA Power, le contrat initial signé par l’ancien régime, fait actuellement l’objet d’une réévaluation stratégique par l’État du Sénégal.
Prévu pour produire jusqu’à 400 000 m³ d’eau potable par jour, ce projet phare du secteur hydraulique devait initialement être entièrement financé par ACWA Power, entreprise spécialisée dans l’énergie et le dessalement. Le schéma contractuel prévoyait une répartition en deux phases de 200 000 m³ chacune, avec une enveloppe estimée à 711 millions d’euros, soit près de 466,39 milliards de FCFA. En contrepartie, l’État s’était engagé à verser un loyer annuel de 65,3 milliards de FCFA pendant 30 ans, dès la mise en service de l’infrastructure.
Pour rappel, En juillet 2024, le ministre de l’Hydraulique, Cheikh Tidiane Dièye, avait mis fin à la convention signée sous l’ancien président Macky Sall. Le ministre avait pointé du doigt le coût exorbitant de ce Partenariat public-privé (PPP) de 459 milliards de FCFA sur 30 ans. Le projet prévoyait une production de 400 000 m³ d’eau par jour, mais le ministre avait critiqué ce chiffre comme étant insuffisant pour faire face aux besoins futurs d’une population croissante. Il avait également soulevé l’absence d’études environnementales et l’impact potentiel sur le prix de l’eau, qui risquait d’augmenter drastiquement.
Cette décision de résiliation n’a pas été bien reçue par le gouvernement saoudien, qui a immédiatement exprimé son mécontentement. Un premier effort diplomatique avait alors été tenté avec l’envoi en août 2024 du ministre-directeur de cabinet, Mary Teuw Niane. Cependant, cette visite n’a pas permis d’améliorer la situation, l’émissaire sénégalais n’ayant été reçu que par des personnalités de rang inférieur en Arabie saoudite.
Face à cette impasse, Bassirou Diomaye Faye a profité de sa participation au Forum saoudien d’investissement pour entamer directement les négociations avec les autorités saoudiennes, y compris le prince héritier Mohammed Bin Salman (MBS). Ce déplacement en personne, perçu comme un geste diplomatique de réconciliation, a permis de rétablir le dialogue avec Acwa Power et de revoir certaines conditions du contrat, afin de mieux prendre en compte les « intérêts du Sénégal ». Bien que la nature exacte des modifications apportées au projet reste floue, les autorités sénégalaises ont assuré qu’elles avaient obtenu des concessions pour limiter l’impact financier et environnemental du projet.

Un projet renégocié mais inchangé dans ses fondements
Selon les informations disponibles, le projet de dessalement restera en PPP, et sa structure de base ne sera pas profondément modifiée. Il s’agira de la deuxième usine de dessalement d’eau de mer au Sénégal, après celle en cours de construction avec l’aide financière du Japon. Le gouvernement sénégalais a souligné que cette nouvelle usine devrait répondre aux besoins en eau potable dans les zones urbaines et périurbaines, où la demande ne cesse de croître.
Mais selon des informations révélées par le quotidien Libération la semaine dernière, cette configuration financière fait désormais l’objet d’un ajustement significatif. L’État du Sénégal aurait décidé de réviser les termes du contrat à la suite de la soumission, en octobre 2024, d’une offre actualisée par ACWA Power. Le partenariat évolue désormais vers une implication plus directe des autorités sénégalaises.
D’après nos confrères l’État devrait injecter 60 milliards de FCFA dans le projet, répartis en deux volets : 30 milliards en tant que participation au capital de la société de projet, devenant ainsi actionnaire, et 30 autres milliards pour le financement des travaux de raccordement de l’usine au réseau de distribution.
Cette évolution marque un changement d’approche : de simple client dans le schéma initial, l’État devient désormais co-investisseur, ce qui pourrait lui garantir un meilleur contrôle stratégique et une répartition plus équitable des risques liés à l’exploitation du site.
Reste à savoir si cette refonte du partenariat permettra d’assurer à la fois la soutenabilité financière du projet et un accès durable à l’eau potable pour les populations concernées, dans un contexte marqué par une forte pression sur les ressources hydriques.
Les ambitions de ACWA Power au Sénégal
ACWA Power, un développeur, investisseur et opérateur saoudien de premier plan dans le domaine de la production d’électricité, du dessalement de l’eau et des centrales à hydrogène vert dans le monde entier, a annoncé avoir signé le 27 Septembre 2022 des protocoles d’accord (MoU) avec la Société nationale des eaux du Sénégal (SONES) et la Société nationale d’électricité du Sénégal (SENELEC), en présence de S.E. Macky Sall, Président de la République du Sénégal, S.E. l’ingénieur Khalid bin Abdulaziz Al Falih, Ministre de l’Investissement, et M. Fahd bin Ali Al-Dosary, Ambassadeur d’Arabie saoudite au Sénégal.
En étroite collaboration avec la SONES, ACWA Power supervisera le développement d’une usine d’osmose inverse d’eau de mer (SWRO) d’une capacité de 300 000 m³/j à Grande Côte. Située à environ 40 km au nord-est de Dakar, la capitale du Sénégal, cette usine constituera le premier projet de dessalement du pays, financé par un partenariat public-privé, ainsi que le plus grand projet de dessalement de ce type en Afrique subsaharienne.
Le deuxième protocole d’accord annoncé prévoit une étroite collaboration entre ACWA Power et SENELEC pour développer une centrale à cycle combiné gaz-turbine (CCGT) à Cap des Biches, d’une capacité initiale de 160 MW. Conformément à la stratégie sénégalaise de production d’électricité à partir du gaz, qui vise à accroître l’indépendance énergétique du pays, à réduire le coût de l’électricité et à assurer un accès universel à l’électricité, le développement de cette nouvelle installation contribuera également aux efforts du pays pour réduire ses émissions de GES d’au moins 23 % d’ici 2030.

